Dans la peau d’un déficient visuel

En ce mercredi 3 août, notre partenaire Nicolas Karasiewicz, président de l’association Aux 4 Sens a aimablement accepté de me mettre dans la peau d’une personne en situation de déficience visuelle, le temps d’une promenade en plein centre-ville de Lille. Avant de partir pour cette aventure, j’étais très curieux de savoir quel genre de sensations je pourrais bien ressentir afin de me repérer ou d’éviter les obstacles, après tout, cela fait plus de 20 ans que mes repères se résumaient à ce que je voyais, pour cette fois je devais faire confiance à mes autres sens.

9H00 – RENDEZ-VOUS À LA GARE LILLE FLANDRES, DERNIÈRES PERCEPTIONS

J’ai rejoint Nicolas devant la gare Lille Flandres, prêt à enfiler le bandeau qui allait le temps d’un instant, me retirer l’un de mes sens. La pluie s’est jointe à l’exercice, ne me rendant pas la tâche facile en augmentant de manière importante le bruits des pneus sur la route humide et des gouttes sur nos parapluies.

« Je ne vois absolument plus rien ! », tels étaient mes premiers mots, avant que Nicolas me prenne par le bras et m’emmène au sein même de la gare. À ce moment-ci, il pouvait m’emmener n’importe où, j’étais complètement perdu, mais également peu rassuré. Perdre la vue d’un moment à l’autre a fait monter en moi un léger degré de panique, notamment au moment de rencontrer mes premières difficultés, comme accéder à un escalator ou prendre les escaliers, pour descendre à une rame de métro. Où allait-elle m’emmener ? Aucune idée, j’attendais, dans le noir, avant qu’une femme, reconnaissable au son de sa voix, nous a aiguillé pour accéder à notre rame, nous voilà partis en métro.

9H15 – PREMIERS TESTS DE REPÉRAGE

Le métro s’est arrêté après qu’une voix nous ait indiqué la station « Rihour », qui est la station la plus proche de la fameuse Grand’ Place. Les portes s’ouvrent et nous sortons. Pour sortir de la bouche, il nous a fallu emprunter un premier escalator, et j’ai rapidement pu m’adapter à ma déficience en ce qui concernait les choses simples. Pour reconnaître le bord du haut de l’escalator, j’ai par exemple mis mon pied droit devant l’autre en le redressant légerement à l’avant, et ainsi glisser sur le bord métallique et continuer ma route. Les escalators, c’était bon ! Maintenant, place au repérage en zone de forte fréquentation. Nous nous sommes dirigé vers l’avant, la pluie, les pavés se frottant sur la canne de mon acolyte et le brouhaha causé par les passants et les voitures ne m’aidaient pas à me repérer. « Il faut se concentrer sur le bruit de la canne, et ainsi se repérer grâce à l’écholocalisation » me dit alors Nicolas. L’écholocalisation, c’est le système de repérage qu’utilisent notamment les chauve-souris, c’est-à-dire un moyen qui permet de juger sa localisation en fontion de la taille du champ d’émission et du retour d’un son, comme une canne qui tape le sol par exemple. Nous nous sommes arrêtés, avant que mon accompagnateur me demande « où sommes-nous ? » avant de claquer sa canne au sol. Le son s’est propagé très rapidement sur une zone très étendue, « tu entends, les son va vers l’avant ce qui veut dire que les bâtiments sont derrière nous » m’a encore une fois enseigné Nicolas, nous étions sur la Grand’ Place.

10H – RETOUR À LA CASE DÉPART ET CONSTATS SUR L’ACCESSIBILITÉ

Sur le chemin du retour, j’étais déjà plus à l’aise avec ma déficience, je marchais à une vitesse plus élevée, j’arrivais à me concentrer sur notre discussion avec Nicolas, bien que deux bancs m’ait stoppé net au niveau du genou sur mon chemin, j’avais de bonnes sensations. Nous avons pu également compter sur l’aide des passants lorsqu’il fallait changer de voie à cause des livraisons, mais nous avons également pu nous repérer au niveau d’un passage piéton grâce à un signal sonore qui nous indiquait que la voie était libre. Une fois revenus au niveau de la gare, il m’a fallu quelques secondes pour me rendre compte où nous étions, mon partenaire m’ayant volontairement embrouillé les idées en changeant parfois brusquement de direction, et ainsi effaçant tous les dessins de la chaussée que j’ai pu m’imaginer pour me repérer. Le son des jets de la fontaine fasse à la gare et l’odeur des plats du midi en préparation des bistros m’ont permis de valider la réponse à toutes mes questions, nous étions de retour à la gare, où j’ai retrouvé la vue.

Mon premier constat était que l’accessibilité de la chaussée et des lieux reposent encore énormement sur l’aide des passants et sur nos moyens mnémotechniques. Peu d’endroits m’étaient accessibles durant ma promenade, il fallait que je compte sur mon acolyte, habitué de ces déplacements, et sur mes sentations. Le reste, c’était de la confiance aveugle au monde qui m’entourait, car si les gens savait me guider lors d’un changement de chaussée, les bancs et les poteaux métaliques ne m’ont pas fait de cadeaux.

11H – DISCUSSION AUTOUR DES PROJETS D’AUX 4 SENS

Après l’effort, le réconfort ! Nous nous sommes assis à une terrasse, où Nicolas Karasiewicz a pu me parler des projets à venir de l’association Aux 4 Sens. « Notre projet est de proposer aux entreprises et aux CE des dîners d’entreprise dans l’obscurité totale » m’a confié le président de l’association, « notre objectif est de sensibiliser le personnel des entreprises tout en proposant un jeu sensoriel ». Le projet a en effet pour vocation de faire vivre une expérience hors du commun qui saura sensibiliser sur les différentes déficiences, mais aussi distraîre et créer de nouvelles rencontres ! De plus, l’association projette de créer des ateliers avec des techniciens en informatique afin de mettre en avant la notion d’accessibilité numérique pour les personnes déficientes sensorielles.

Picto Travel soutient fermement ces projets et tient à remercier Nicolas et l’association Aux 4 Sens pour cette mise en situation qui aura été riche en enseignement et en constations sur l’accessibilité de notre ville.

 

Damien de Picto Travel

 

  Posté le 3 août 2016 par - Non classé

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